LA MAISON EUDORE BUSINE  [1956]

La maison de Gerpinnes-Hymiée, un village du XIXe siècle à la lisière de la zone industrielle sud de Charleroi, est aménagée en 1956 pour le frère de Zephir Busine. Il s'agit de la conversion, avec un budget modeste, de deux petites maisons d'ouvriers sur la place centrale. La petite gare au bord de la voie ferrée désaffectée évoque un passé plus dynamique; une église et une école primaire se font face sur la place rectangulaire. Eudore Busine (1904-1973) est instituteur à Hymiée, comme son père. Il a jusqu'ici habité avec sa famille dans la petite école. En 1956, il prend sa retraite et désire s'installer dans les petites maisons qu'il a achetées juste avant la guerre. Les deux maisons en moellons gris sont flanquées d'une grange et d'un verger côté gauche. Le terrain recouvre environ 3000 m². C'est de son fils Gabriel (1935) qu'émane l'idée de demander Dupuis. Le jeune Gabriel, qui fait à l'époque ses études à l'Académie des Beaux-Arts de Mons, habite et travaille chez son oncle Zephir. Il aide depuis peu Dupuis à préparer quelques dossiers pour l'Expo ’58.

Le plan et les façades sont réaménagés et la maison est considérablement agrandie du côté gauche, sous une prolongation du toit transversal en appentis de la grange. Ce nouveau volume, dans lequel sont logés le séjour et une chambre à coucher supplémentaire, est placé en biais vers le sud. Son insertion donne naissance à un jardin intérieur, séparé de la rue par un mur de 1,6 m. Les moellons du lourd mur du jardin sont les mêmes que ceux de l'ancienne maison, le mur latéral avec l'entrée et l'extension sont par contre peints en blanc. Plusieurs larges embrasures et une cheminée sont placées dans l'extension. L'entrée latérale, située dans l'ancienne grange, a de larges dimensions par rapport aux autres locaux.

Dupuis en profite pour mettre un large escalier avec palier contre les moellons rugueux du mur latéral de la vieille maison. Le rez-de-chaussée des maisons réaménagées abrite le garage, le bureau et la cuisine; à l'étage se trouvent trois petites chambres et la salle de bains. Le passage entre la cuisine et la salle à manger n'est pas optimal, une situation due au souci prédominant de simplicité et d'économie et au fait que l'ancien escalier de la cave est demeuré côté droit. L'union du mur courbe du jardin avec la silhouette légèrement oblique du séjour, en clôture du volume hermétique existant, se traduit par un espace exempt de toute excentricité, la réponse adéquate et évidente aux voeux de l'habitant et la preuve d'un grand respect pour l'environnement. L'atmosphère d'intimité rayonnante atteint son point culminant dans le verger-jardin arrière, enclos entre le vieil atelier de menuiserie (abattu en 1998) et la nouvelle salle de séjour. Dupuis n'a pas fait d'ajouts, si ce n'est un écran ajouré en briques cimentées devant la fenêtre ouest du séjour, et la fenêtre trapézoidale, féconde en contrastes, du bureau.

Dupuis a conçu la maison d'un trait, avec un seul dessin global et quelques schémas. Les entretiens ont lieu au café Terminus à Mons. Aucun devis n'est établi et Dupuis suit à peine le chantier. Bontridder fait des dessins — as-built — de la maison. Gabriel suit le projet et fait office d'intermédiaire entre Dupuis et son père, qui ne se rencontreront qu'une seule fois.

Dupuis trace par exemple un schéma rapide pour la cheminée, que Gabriel suit minutieusement à la réalisation. Les travaux eux-mêmes sont exécutés par des artisans locaux sous la direction d'Eudore et se terminent en 1958. En 1964, Gabriel, entre temps devenu le peintre et graphiste Belgeonne, se construit un grand atelier dans le fond du jardin. Il se marie en 1968, y habite encore quelques années avec sa femme, et vient s'installer définitivement dans la maison après le décès d'Eudore. En 1998, le vieil atelier de menuiserie est abattu pour laisser place à une habitation pour le fils de Gabriel. C'est une construction dont les deux niveaux sont liés à la maison originale, les anciennes chambres à coucher à l'étage seront dorénavant partagées. Depuis 1998, Gabriel-Belgeonne Busine est directeur intérimaire de l'Institut de la Cambre.


Crédit des photos:
1- Maurizio Cohen;
2- Jan Thomaes;
3- Archives Jacques Dupuis.
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