LA MAISON FRANEAU  [1960›1962]

L'architecture de «la Roncière», bâtie en 1960 à Erbisoeul (Jurbise), au nord de Mons, près de la chaussée d'Ath, frappe par sa charge émotionnelle. L'avocat Henri Franeau achète en 1959 trois hectares de terrain au prince Albert de Croy. Dans le bois de l'autre côté de la route se trouve le pavillon que Dupuis a bâti en 1953 pour son oncle Alphonse Servais. Franeau veut faire construire une villa au nord du terrain, qui descend vers le sud sur douze mètres. La parcelle est en principe divisible en trois terrains à bâtir. Plusieurs avant-projets se suivent au printemps de 1960, le dossier d'adjudication date d'octobre 1960. Les dessins d'exécution détaillés datent de la période août 1961 à mars 1962. Bontridder assure l'entier suivi du projet.

Cette maison présente à bien des égards des affinités avec la maison van der Vaeren, leurs dissimilitudes étant surtout dues au caractère totalement différent du terrain. Van der Vaeren prend une position dominante au sommet d’une colline inculte. Franeau, plus petite (300 m²), s'étale dans un paysage de parc avec des arbres.

De gauche à droite, on peut voir la rangée en oblique des chambres à coucher avec son rythme vertical de fenêtres et de volets (voir les pavillons Mestdagh), ensuite un petit patio abrité des regards, puis la silhouette basse et en avancée de la bibliothèque et du coin de feu avec sa cheminée massive (voir Bedoret). Viennent ensuite la large terrasse et le cylindre rond fermé de la salle à manger (voir chapelle Expo ’58).

Le paysage s'enroule autour de ce volume rond, nettement plus haut que les autres parties de la villa et condamné à être fermé. L'allée carrossable de 50 mètres de long décrit une ample courbe vers la gauche en touchant à sa fin. à l'approche de la maison, le regard est attiré de la droite à la gauche de la maison, en raison de l'emplacement des murs du jardin se trouvant dans le prolongement de la rotonde. L'horizontalité de la maison force, à l'approche, le regard vers le ciel, où l'on découvre la verticalité du cylindre sur fond de forêt ombreuse. La promenade que l'on peut faire autour de la maison dans le sens des aiguilles d'une montre, de l'entrée jusque la partie des chambres à coucher, offre une série de contrastes visuels d'une variété quasi infinie avec des effets de clairs-obscurs que dramatise l'environnement feuillu. •


Crédit des photos:
1-2-3-4- Alexis, archives Jacques Dupuis;
5- Archives Jacques Dupuis.
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