LA MAISON MICHAUX  [1958›1959]

Après la vente de sa brasserie à Estinnes-au-Mont, monsieur Michaux achète quelques parcelles de terrain des deux côtès de la chaussèe de Mons à Binche, sur le territoire de la commune de Saint-Symphorien. À la mort de son mari en 1957, madame Michaux reprend le commerce de bières et de liqueurs. Elle se propose de combiner sa nouvelle maison avec un entrepôt sur l'un de ces terrains (50 × 67 m), juste de l'autre côtè de la vieille ferme La Closière. L'endroit surèlevè est dèsolè, la vègètation rare, on n'y voit que la ferme, qui loge un estaminet. Il faut d'abord s'occuper de bâtir le dèpôt. Madame Michaux entre en contact avec Dupuis par le biais de Zèphir Busine. Les premières èbauches datèes sont de juin 1958, les dètails de finition de fèvrier et d'avril 1959. C'est Albert Bontridder qui assure le suivi du projet. La famille Michaux habite pendant la rèalisation du projet dans La Closière, où Dupuis et Bontridder leur rendent visite toutes les semaines, parfois en compagnie de Busine et de Boulmant. Le maître d'ouvrage dèsire une architecture reprèsentative et accrocheuse, mais le budget est limitè.

Dupuis dessine un entrepôt parallèle avec la route et semi-encaissè de 22 m de long et 14 m de large, avec une allèe confortable — mais pas trop grande — pour les camions. L'est du terrain est rèservè à un dèpôt ouvert pour les vidanges. L'entrepôt forme le socle d'une petite maison de 180 m² avec une large terrasse. L'habitation, de plain-pied, dèborde par endroits sur le socle de 3,5 m du côtè rue. La moitiè sud de la plate-forme n'est pas recouverte. La structure du socle est un simple squelette en bèton, les murs sont des blocs creux de bèton et l'extèrieur visible est achevè par une maçonnerie de couches horizontales de pierre de taille brutes (en fait, des restes de 5 cm d'èpaisseur) avec des joints profonds. Côtè est, l'allèe en pente est protègèe de l'entrepôt ouvert par un mur, lui aussi en pente, du même matèriel. Le projet prèvoyait un petit logement de concierge à l'extrèmitè de ce mur. La matèrialitè du socle et du mur rappelle le «Johnson Wax building» de Frank Lloyd Wright (1936), un bâtiment dont la monumentalitè stratifièe frappe l'imagination.

Vue de la rue, l'habitation se compose de deux volumes jouxtants, qui semblent aussi grands et aussi hauts l'un que l'autre. Le volume de gauche qui abrite le sèjour, la cuisine et le bureau, est en saillie sur le socle. Ses larges fenêtres et sa cheminèe surdimensionnèe le font contraster avec le volume de droite, ramassè sur la plate-forme et entièrement fermè, à une petite ouverture verticale près. Dans ce volume sont logèes les chambres à coucher et une terrasse latèrale. L'ensemble se tient sous un seul toit, en pente minimale.

L'entrepôt est au niveau -1,75 m, l'habitation à +1,90 m. La structure de bèton complexe constituèe de poutres circulaires repose librement sur la plaque de toiture de l'entrepôt. Ici aussi, les murs sont maçonnès, avec des blocs de bèton cellulaire cette fois. Les façades sont terminèes par un lattis vertical d'afzelia rouge (4/4 ×7,5 cm). Tous les coins sont arrondis. Côtè sud et jardin, aucune protection n'est nècessaire. La membrane enveloppe donc encore les chambres à coucher et la terrasse latèrale puis s'interrompt abruptement pour exposer une façade blanche articulèe. Ici se rencontre le procèdè connu de l'avancèe du toit qui forme une galerie portèe par des groupes de profils tubulaires. Leur graphisme rythme les saillies de la façade tout en faisant ècho à l'enveloppe en bois. La façon dont la maison est organisèe sur l'entrepôt prouve le goüt de Dupuis pour la fonctionnalitè, mais aussi pour sa relativisation, comme l'indique le traitement plastique de la volumètrie sur le socle.

L'avant de la façade principale est, une fois n'est pas coutume, ouvert par une grande baie vitrèe carrèe de 2,5 m de côtè: ceci à la demande expresse du client, qui dèsire une luminositè maximale. Dupuis inscrit cette fenêrtre du sèjour dans une composition virtuose avec la porte d'entrèe laquèe de noir. Le volume en saillie au-dessus de la porte d'entrèe repose sur trois larges groupes de profils tubulaires.

Le haut volume de la cheminèe en briques souligne l'ancrage vertical de la composition. C'est une première, qui se rèpète simultanèment dans le pavillon de vacances Mestdagh à Nieuwpoort (1959) et qui prècède de très peu l'emploi du motif de la tour cylindrique (van der Vaeren et Franeau). Il semble que Dupuis ne veuille plus ou ne puisse plus terminer une composition sans y ajouter l'accent prègnant d'une figure gèomètrique contrastante. Côtè est se trouvent la cuisine et le bureau. Ce dernier est dotè d'un bow-window, à la demande de madame Michaux, qui dèsire avoir une vue panoramique sur l'allèe et le dèpôt ouvert. Les chambres à coucher du fils et des deux filles Michaux sont orientèes vers le sud, la grande chambre à coucher de Madame a une fenêtre vers l'ouest et une ample terrasse privèe couverte.

L'entrèe ne se trouve pas dans le pivot des deux volumes, mais au beau milieu du volume entre le sèjour et le bureau. On n'atteint de ce fait les chambres à coucher qu'en traversant le sèjour en biais. Cette pièce n'ètant pas très spacieuse, la circulation se fait au dètriment de la zone de façade, divisèe en un coin de feu quelque peu ètriquè et un bar d'autant plus grand. Le plafond du sèjour est dèdoublè par un faux plafond en lattis noir, de très belle dècoupe, ce qui crèe un effet de contraste ètonnant dans la lumière rasante placèe contre le plafond de plâtre blanc. Côtè sud, la table de la salle à manger se reflète sur le sol de vinyl beige/blanc.

Le socle de la maison est en moellons irrèguliers, on prèvoit une table de salle à manger fixe et une grande terrasse, divisèe par un ècran. Après les dessins d'exècution de novembre 1958 ont manifestement encore lieu des modifications, puisque ni la table de la salle à manger ni la coupole du sèjour ne sont finalement exècutèes. Ceci est dû à des considèrations d'ordre budgètaire, la construction de la maison elle-même s'avèrant plus coûteuse que prèvu. L'option de la maçonnerie en blocs de bèton cellulaire dèvie de la structure prèvue de colonnes d'acier et de bois de remplissage, qui aurait sensiblement allègè la construction et s'harmoniserait plus logiquement avec le concept des façades. Les impèratifs locaux l'ont empêchè. La maison Michaux est pourtant assez apprècièe pour dècrocher le cinquième accessit du Prix National du Bois en 1962.

En 1975, Dupuis (avec la collaboration de Jean Hennaut) construit, sur un terrain attenant côtè ouest, une double maison pour les filles Michaux. Jeanie et son mari, l'avocat Günther Dhams, habitent à gauche; Fabienne et son èpoux, l'ingènieur Paul Verbruggen, à droite. En 1976, Dupuis (avec la collaboration de Pierre Leclercq) transforme le cafè La Closière en restaurant. Le dèpôt a souffert d'infiltration d'eau par la terrasse. Madame Michaux est dècèdèe en 1987, la maison est maintenant habitèe par son fils Alain. •


Crédit des photos:
1-2- Marie-Françoise Plissart;
3- Némerlin, archives Jacques Dupuis;
4- P. Cordier, archives Jacques Dupuis;
5-6- Alexis, archives Jacques Dupuis;
7- Archives Jacques Dupuis.
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