LA MAISON DU PORT AUTONOME DE LIÈGE  [1946›1949]

Le 29 octobre 1949 voit l'inauguration du siège social du Port autonome de Liège, sur le Quai de Maastricht. Ce petit bâtiment est l'un des premiers édifices officiels à faire l'objet d'un concours, que Bastin et Dupuis gagnent en 1946, dans la Belgique d'après-guerre. Son implantation aux côtés de la maison Curtius, dont l'importance historique est considérable, lui confère un indéniable intérêt. En 1947, les deux architectes se rendent à Stockholm avec la somme reçue pour le premier prix, et y admirent le «réalisme national» de l'hôtel de ville. Le Port autonome est réalisé à la même époque que le complexe du Mont des Arts et la Banque Nationale à Bruxelles. La combativité et l'idéalisme ne sont pas à l'ordre du jour à cette époque, où l'on ne jure que par le prosa├»sme et la sécurité. Alors que les deux exemples cités affichent plutôt une monumentalité sclérosée, l'apparence hybride du bâtiment liégeois révèle des facettes de haut vol et une dynamique juvénile.

L'harmonisation historisante à l'imposante maison Curtius, un bâtiment de style renaissance mosane du xvie siècle, peut être qualifiée d'explicite. Chacune des fenêtres en rangée rigide du premier étage (salle du conseil, appartement du directeur, logement du concierge) est dotée d'un bas-relief sculpté en-dessous du chambranle forjetant en grès, et couronnée d'une gargouille en forme de proue. La rangée uniforme de fenêtres du rez-de-chaussée surélevé (hall et bureaux) et plus encore, le soubassement rudimentaire et asymétrique (garages et aire de services), affirment cependant une plus grande indépendance et un caractère plus informel. Les façades sont divisées en plans encadrés de maçonnerie en briques. Les chambranles, les croisées et le soubassement en grès blanc font écho à la maison Curtius. Le toit en croupe a une structure métallique recouverte d'ardoises. La longue avancée du toit est un motif répandu en pays mosan, qui fera bientôt partie du vocabulaire de Dupuis.

L'entrée principale ne se situe pas à l'avant du bâtiment, mais à sa gauche, sur le petit côté qui fait face à la maison Curtius. Le retrait pratiqué dans la longueur du volume gratifie l'entrée d'une plus grande réceptivité tout en l'éloignant de la maison Curtius. Sur le plan interne, cette entrée latérale permet une circulation aisée dans le bâtiment et un agencement continu des chambres donnant sur la façade avant. On a donc porté une attention toute particulière à l'escalier à gauche de l'édifice, qui relie la rue et l'entrée au premier étage surélevé. Le large escalier décrit un mouvement légèrement incurvé; une fontaine ronde avec une sculpture en bronze marque le coin de la parcelle et le début de l'escalier; le large parapet en pierre naturelle contraste puissamment avec la rambarde en métal au motif de serpent de l'autre côté de l'escalier; l'auvent de l'entrée repose sur une colonne conique élancée. Autant de détails qui portent indubitablement la griffe de Dupuis. Le hall et la salle de conseil à l'étage sont entièrement aménagés, les plafonds sont décorés d'un motif géométrique avec un relief prononcé. Des appliques en forme de flambeaux et un luminaire central en forme de soleil diffusent l'éclairage. L'ange en bronze de la fontaine est dessiné par Dupuis et exécuté par le sculpteur Massart, l'artiste Dupont a sculpté les bas-reliefs de la façade.

Le concept original s'est assurément étoffé d'idées glanées au cours du voyage à Stockholm. L'escalier extérieur et sa fontaine, les passages en arc de cercle aplati du soubassement, l'escalier à colonnes et le plafond décoré sont inspirés de l'hôtel de ville (Ostberg), du Philharmonique (Tengbom) et des réalisations de Asplund. Dupuis a repris un certain nombre de détails dans le projet concomitant du Parador: les fenêtres encadrées de l'étage reviennent de façon presque identique dans le salon de réception du rez-de-chaussée, la liaison entre le petit salon et la salle à manger est achevée par le même arc de cercle aplati, la décoration du plafond du petit salon est une version miniature de celle de la salle de conseil et quatre gargouilles similaires garnissent la tour et les façades, bien que dans un agencement beaucoup plus libre.


Crédit des photos:
1- Marie-Françoise Plissart;
2- Alexis, archives Jacques Dupuis;
3- Jan Thomaes;
4- Archives Jacques Dupuis.