L'INSTITUT POUR AVEUGLES DE GHLIN  [1950›1965]

C'est à quelques kilomètres de Mons, sur un terrain boisé où s'élève un petit château, que l'on décide de réaliser un village pour aveugles. Le futur directeur, Monsieur Faymonville, confie le projet à Dupuis. Le complexe doit comprendre une série de pavillons d'habitation, une école pour garçons et une autre pour filles, des locaux médicaux et administratifs, une salle de jeu et de gymnastique, une zone de culture-potager, une plaine de sports et une salle des fêtes.

L'implantation générale est basée sur une logique dépassant l'organisation fonctionnelle et qui offre une vue d'ensemble où toute la générosité créative de Dupuis a la possibilité de s'exprimer clairement.

«L'avant-projet a été dressé à partir du principe fondamental que les aveugles doivent être traités comme des gens normaux. Si l'infirmité qui les accable les met de force en marge de la société normale, l'institution a pour but de recréer une société nouvelle dans laquelle ils puissent vivre normalement et avec la possibilité d'exercer leurs aptitudes spéciales. Par exemple, les enfants iront à l'école en passant à travers un bois peuplé d’oiseaux chanteurs, contournant des obstacles, franchissant un fossé, longeant un jardin odoriférant. L'aveugle ayant gardé de la vue la sensation lumineuse, cette faculté sera mise à profit systématiquement dans la composition des bâtiments. Les circulations seront rectilignes, et chaque changement de direction sera signalé par la source lumineuse d'une fenêtre. » Albert Bontridder, « Jacques Dupuis ou l'architecture perdue et retrouvée », dans Architecture, numéro spécial monographique, n° 39/40, Bruxelles, p. 740.

L'Institut Provincial pour Aveugles et Amblyopes de Ghlin est un projet dans lequel une séquence d'éléments est liée par un schéma organique et libre, mais aussi fonctionnel, sans concessions gratuites ou décoratives. Pour Dupuis, la destructuration géométrique joue un rôle primordial dans l'organisation de l'espace, qui est elle-même enrichie par des perspectives diagonales et par des appels de lumière inattendus et scénographiques. Le dessin des pavillons annonce le développement que Dupuis expérimentera au cours des années qui suivront dans le cadre de projets pour maisons unifamiliales. Un plan en « L » entouré de murs protecteurs délimitant un jardin intérieur sur lequel s'ouvrent les amples baies vitrées du réfectoire, des sanitaires et des classes de cours. À l'intérieur, on remarque avant tout une grande liberté de mouvement entre les différentes pièces qui sont pour la plupart ouvertes, sans aucun obstacle... Le parcours le long duquel sont disposés les différents pavillons se trouve à quelques mètres de distance, leur accordant ainsi une identité propre. •


Crédit des photos:
1-2-3-4- Alexis, archives Jacques Dupuis.