LES ARCHITECTURES SOCIALES DE L'ESMA  [1947›1953]

À la demande de Jacques Lechat, Roger Bastin et Jacques Dupuis collaborent avec le département technique Sofina à la réalisation de deux projets d'habitations et de deux centres sociaux pour esma entre 1947 et 1949. En 1945, on compte 400 maisons détruites à Malmedy. L'esma doit avant tout s'occuper de loger son personnel. On bâtit donc une série de 20 maisons dans le quartier est de la ville, le Vinâve du Vieux Moulin, et à l'ouest, Cours Saint-Quirin, 4 habitations jouxtant un centre social. à Auvelais, entre Namur et Charleroi, on érige un centre social. L'initiative des centres sociaux s'inscrit dans la nouvelle vision de la gestion sociale. En décembre 1945, Lechat déclare à son personnel: «Il est question de construire un local où vous serez chez vous.» L'ensemble des constructions sera bâti par le propre personnel d'esma.

Le Vinâve est réparti en six groupes de deux à quatre maisons. L'ordonnance apparemment libre des groupes d'habitation vise le respect de la tradition ardennaise d'urbanisation dispersée. Toutes les maisons sont dotées d'un jardinet privé, dans une enceinte collective. L'ensemble respire un caractère informel. La relation physique entre les groupes d'habitations est aussi lointaine qu'il est possible sans que disparaisse l'idée de groupe.

Le plan des habitations est élémentaire et fonctionnel, comme prescrit par le programme. Bastin et Dupuis ont repris les principes de leur projet pour le concours du Ministère de la Reconstruction. Le rez-de-chaussée se compose d'un séjour avec une grande fenêtre côté rue, et d'une cuisine carrelée à l'arrière, en relation directe avec le hall, qui fait aussi office de liaison avec l'escalier. À l'étage se trouvent trois chambres et une salle de bains, toutes dotées de larges fenêtres. L'un des blocs d'habitations combine des maisons pour familles nombreuses avec des logements pour célibataires ou couples sans enfants. Le quartier est à l'origine habité tant par des ingénieurs que par des employés ou des ouvriers de la centrale d'électricité. « Il importe de souligner le fait que les trois aspects: social, architectural et technique, ont été étudiés de front, et qu'à chaque stade de l'avancement des travaux, ces trois tendances se sont concertées et appuyées mutuellement pour la recherche d'une formule toujours plus “humaine, artistique, économique”.» L'Habitation, n° 7-8, 1952, p. 543. À l'heure actuelle, les maisons sont à vendre.

Le complexe du Cours Saint-Quirin est bâti sur les terrains de la fabrique de gaz anéantie. Un des bâtiments industriels, encore intact, est transformé en garage, atelier, menuiserie, forge, laboratoire, entrepôt et commodités sanitaires. Les quatre habitations voisines ont été bâties pour le chauffeur, l'électricien et deux magasiniers. Ces maisons ont un aspect moins campagnard et plus moderne que celles de Vinâve. Un grand pan de maçonnerie blanche affiche une rangée de petites fenêtres juste sous la corniche. Au rez-de-chaussée, la petite fenêtre de la cuisine est à gauche, la porte pleine et une fenêtre étroite logent sous un auvent aérodynamique, à la ligne oblique et arrondie.

Les maisons ont sept mètres de façade. L'escalier droit a été placé en large contre la façade avant. Le séjour donne par conséquent entièrement sur l'arrière. Cette ordonnance a aussi permis le contraste marqué entre les façades arrière et avant. Le centre social, le Foyer, a été bâti en deux périodes. Il s'agit de deux bâtiments, situés à 35 mètres l'un de l'autre et reliés par un préau couvert, sur un terre-plein herbu. L'implantation oblique des deux volumes principaux vise à des effets d'ensoleillement et de réceptivité optimaux. La piscine et le court de tennis sont aussi sur le terre-plein. L'aile gauche a été bâtie la première. Au rez-de-chaussée, elle abrite tout ce que requiert un restaurant, un dispensaire et le local de l’assistant social. Dans la cave logent un bowling et une salle de ping-pong, à l'étage une salle de réunion, une bibliothèque et une salle de billard. Le bâtiment a été terminé en 1949, les plans existants de Sofina sont travaillés par Bastin et Dupuis dans l'idiome de Vinâve. Le toit à deux versants est ici moins raide, les courts murs latéraux recouverts d’ardoises.

La galerie avec vestiaires et la piscine ont été construits avec la grande salle entre 1950 et 1952: la différence est manifeste, l'évolution vers plus de clarté et d'abstraction s'exprime dans le volume et l'aménagement de la façade de la salle, comme c'est le cas pour les quatre habitations qui la jouxtent. La salle des fêtes est prévue pour les sports et les festivités. L'espace de 30 mètres sur 12 est rythmé dans sa longueur par les portiques de béton, placés tous les 5 mètres, qui soutiennent le toit. à l'extérieur, le volume maçonné peint en blanc est fermé, à deux grandes baies vitrées près. Ici aussi, les murs latéraux saillent pour soutenir l'avancée en auvent du toit. Contre le mur latéral est installée un volume arrondi en bois de la cabine de projection, sur une colonne conique inversée, et desservie par un escalier extérieur en béton. Dans la salle, les sièges sont placés obliquement, ce qui améliore la circulation à la hauteur de l'entrée et l'accessibilité de la scène. Le bord du plafond, qui pend aux portiques, suit cette disposition en bais.

«Ce club ou foyer d'ouvriers et d'employés, de manoeuvres, d'ajusteurs, de tournefeuilles et d'ingénieurs, j'y fus, j'y dînai, j'y jouai au ping-pong et aux boules, avec des employés et des terrassiers, des chauffeurs et des directeurs, dans un décor blanc et bleu de nursery ou de conte d'Andersen, ou de lac suédois, tout parquet ciré, mur blanc, vaisselle blanche, cloisonné de bois frais, propret, d'une propreté japonaise, une vraie cité pour drame de Maeterlinck, où la fée Esma, jetant les sorts, apporte l'air et la musique. Le conseiller artistique Bastin y prodigua la lumière, le blanc, le bleu, le tennis et le basket.» Charles d'Ydewalle, Une Expérience sociale, Saturne & établissements Jean Malvaux, Bruxelles, 1952.

Que Dupuis ne soit pas cité ici est sans doute dû au fait que Bastin joue le rôle de coordinateur, mais on ne saurait douter que l'apport conceptuel de Dupuis soit égal à celui de Bastin. De nombreux éléments le prouvent: le pli dans le plan global, l'aménagement du restaurant et de la salle de réunion, le banc du hall devant la fenêtre ronde avec son fer forgé exubérant, le déploiement des colonnes obliques du préau, la cabine de projection, l'aménagement de la façade de la salle des fêtes, l'aménagement de l'entrée et du vestiaire de la salle, le mobilier de la terrasse. •


Crédit des photos:
1- Marie-Françoise Plissart;
2-3-4-5-7- Alexis, archives Jacques Dupuis;
6- Marie-Françoise Plissart.
Crédit des photos:
1- Marie-Françoise Plissart;
2-3-4-5-6- Alexis, archives Jacques Dupuis.
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