LA MAISON DU DOCTEUR DE LANDSHEERE  [1961›1963]  MAISON CLASSÉE

Le terrain sur lequel s'élève cette maison est composé d'un lot très long et assez étroit (175 × 25,5 m) orienté sur un axe est-ouest et situé entre une route importante de la périphérie de Gand et le cours de la Lys. La vue dont il jouit est l'un des plus beaux paysages de Belgique: le village (aujourd'hui devenu ville) de Sint-Marthens-Laethem, source d'inspiration de nombreux peintres flamands. L'ensemble de ces éléments ont encouragé Dupuis et Bontridder à projeter une maison sur un seul niveau avec un développement important de murs, de nombreux angles et différentes pièces retranchées afin d'éviter la confrontation visuelle avec les bâtiments adjacents. Les clients sont un couple de médecins qui souhaitent que leur habitation soit un refuge leur permettant de retrouver la tranquillité après leurs intenses journées de travail en ville.

Le projet sera développé entre 1961 et 1963 à partir d'une série d'idées qui constitueront le pivot constant de la composition, tout en évoluant jusqu'au résultat final, preuve de maturité créative, aujourd'hui encore parfaitement intacte. La maison s'inscrit entre deux murs latéraux parallèles et discontinus qui l'isolent des voisins et la protègent du vent. La circulation interne, de l'entrée jusqu'à la terrasse, suit un tracé diagonal irrégulier en forme d'éclair. Les nombreux éléments rencontrés sur le parcours font de tout déplacement une aventure sensorielle exceptionnelle. Les rapports avec la nature et le paysage ont une valeur symptomatique dans la dimension psychologique de l'habitation. Chaque ouverture nous raconte un monde à part entière, poétique et unique.

Il n'y a aucune colonne et les murs accompagnent chacun de nos regards et de nos mouvements. Dans cette architecture, le principe du passage de l'entrée sombre et mystérieuse à la nature lumineuse et accueillante atteint sans doute le résultat scénographique le plus impressionnant dans toute l'oeuvre de Dupuis. Les plafonds sont recouverts de lattis de bois peint en noir brillant pour refléter les lumières qui envahissent l'espace à partir du plafond même. Quelques miroirs disposés de manière stratégique et différentes parois opaques viennent compenser l'effet spectaculaire des espaces. Le désir impératif de vivre dans un lieu tranquille justifie la répartition des espaces. C'est la raison pour laquelle les chambres des enfants sont situées dans une aile autonome qui donne sur le patio. Cet espace apporte une certaine légèreté au volume car il permet de réaliser de nombreuses ouvertures pour les jeux de lumière intérieurs.

Le patio est un petit jardin délimité par trois murs de l'habitation et un mur latéral. Au centre, une sculpture en béton polychrome dessinée par Dupuis dialogue avec les différentes ouvertures. Le grand atrium d'entrée donne lui aussi sur le patio à travers différents panneaux vitrés colorés dans les tons bleus et verts. Le jeu de miroirs et de reflets des peintures noires laquées crée une atmosphère enveloppante. Dans l'espace donnant accès au salon, on remarque une partie qui constitue apparemment un espace de transition et qui est dominée par un mur pour lequel Dupuis a réalisé une bibliothèque composée de plusieurs éléments dissimulant le radiateur et la télévision. Une petite pièce à déjeuner, entièrement recouverte de bois, vient se placer entre la cuisine et la salle à manger; un passe-plat facilite les contacts avec la cuisine. L'atmosphère est semblable à celle d’un chalet de montagne si l’on considère la table et les bancs en bois et la réduction des proportions qui invite les personnes à se serrer l’une contre elles. Le salon représente l'une des scénographies domestiques les plus spectaculaires que réalisera Dupuis durant sa carrière. Un vaste espace qui accueille différentes fonctions avec une multiplicité de points de vue, où certains éléments verticaux viennent interrompre le regard qui court sur les murs irréguliers animés de nombreuses ouvertures vers le paysage poétique. •


Crédit des photos:
1-2- Marie-Françoise Plissart,
3- Alexis, archives Jacques Dupuis;
4- Archives Jacques Dupuis.
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