LA MAISON WISSCHOFF  [1961›1963]

La maison mitoyenne Wisschoff est située à Woluwe-Saint-Lambert. La façade principale constitue un exemple magistral de composition graphique. Le parement mural en briques apparentes, évoquant une fortification, explicite le caractère fermé et protecteur par rapport à la rue. La surface devient presque abstraite par le manque de relief dans la matière et par le dessin des éléments, à première vue bidimensionnel. Dupuis joue habilement avec les contrastes en évidant le mur, ce qui procure à la façade un aspect massif et des ombres accentuées. La corniche ressort comme un volume à part entière, détachant ainsi le toit — banalement imposé par l'administration — de la façade, expression de la liberté créative.

L'entrée est située à côté de la porte de garage en entresol, en retrait par rapport au reste de la façade. L'inclinaison de la rampe d'entrée vient accentuer ce sentiment de pénétrer dans l'obscurité et le mystère. En fait, l'unique réelle ouverture vers l'extérieur est une porte-fenêtre rectangulaire située au-dessus de l'entrée et encaissée dans la maçonnerie. L'épuration du dessin est poussée à l'extrême. Sur le côté droit, une étroite ouverture en verre opaque traverse verticalement toute la hauteur de la façade, pour s'achever par une petite fenêtre rectangulaire qui se découpe sous la corniche en saillie. Cinq petites cornes soutiennent la corniche, et procurent un caractère ludique et impertinent à la rigueur élégante et précise du dessin. À l'intérieur de la maison, la cage d'escalier appuyée sur la façade principale et illuminée par la bande verticale est délimitée par des parois courbes.

L'escalier est à claire-voie, le palier ouvert sur le salon libère une importante surface de circulation, devenant le lieu stratégique de la maison. Le premier étage démontre l'habileté de Dupuis à capter différentes lumières dans un seul espace. Le feu ouvert, situé près de la cage d'escalier, est délimité latéralement par un châssis permettant de faire circuler la lumière du salon vers l'escalier et vice-versa. L'effet est surprenant parce qu'en totale contradiction avec l'image «fortifiée» et introvertie de la façade principale. Au fil des années, certaines modifications sont venues altérer la force expressive de la maison, autant sur la façade où l'on a portè vers l'avant et modifié la porte-fenêtre, qu'à l'intérieur, où certains murs ont été modifiés, brisant ainsi l'équilibre d'origine. •


Créedit des photos:
1-2- Archives Jacques Dupuis.
Wisschoff