LA MAISON BEDORET  [1956›1957]

Une allée conduit à un mur bas et courbe avec une ouverture. Étant donné la situation en retrait du terrain (à 20 mètres de la rue), Dupuis décide qu'un mur peut parfaitement faire office de barrière pour protéger l'intimité des Bedoret. Il le place par conséquent de façon stratégique sur la partie la plus étroite du terrain et le fait suivre par un petit espace extérieur couvert. On ne prévoit pas de garage, car la voiture peut être parquée sur la longue allée. C'est juste derrière l'écran qu'est placé dans la longueur de la parcelle triangulaire, un volume de quinze mètres qui abrite les chambres à coucher. À la fin de ce volume se trouve l'entrée à proprement dite, qui fait ainsi fonction de charnière avec le volume plus haut et plus large, où s'inscrivent le séjour et la cuisine.

Cette partie est orientée vers le sud-ouest, la largeur croissante du terrain permettant une implantation en biais. Les deux ailes embrassent ainsi un petit jardin intimiste. Le jardin intérieur est une prolongation du salon, dont les grandes baies vitrées sectionnent abruptement le volume en pente, tandis que l'auvent du toit et les murs en saillie en assurent visuellement la continuité. La porte d'entrée se niche dans la charnière, sous une galerie portée par de fines colonnes. Cette galerie, d'une simplicité évocatrice d'un petit cloître, assure le lien essentiel entre les deux ailes et se termine à droite par un portique qui donne accès au grand jardin postérieur. Nous voyons ainsi, à l'avant, un écran qui différencie le public du semi-public et à l'arrière, un portique qui annonce la partie strictement privée.

La maison Bedoret est la première où la circulation extérieure se pratique par le biais de micro-environnements, à l'agencement somme toute assez complexe.

Compte tenu des limitations du terrain, la volumétrie ne peut jamais être lue dans sa totalité. Dupuis a su exploiter cette donnée au maximum. Pus que jamais, son architecture ne livre ses secrets qu'à petites doses. Le plan fait état d’une séparation totale entre le jour et la nuit, cantonnés dans deux ailes séparées entre lesquelles s'insère l'entrée. Un couloir rectiligne entièrement garni de placards dessert une grande chambre à coucher et trois très petites (plus tard réorganisées).

La première partie de la paroi d'armoires encastrées est faite de rayonnages peints en noir et or. Le séjour, plus complexe, offre cette même juxtaposition de l'intimité et de l'envergure. Outre les différences de niveaux des sols et des plafonds et les diverses orientations des fenêtres, Dupuis introduit le plafond en lattis de bois irrégulièrement découpé. La fenêtre horizontale et panoramique au-dessus de l'âtre laisse pénétrer le soleil à flots loin dans la salle à manger. Le point d'orgue de la décoration demeure cependant la mise en scène exceptionnelle de l'ensemble fenêtres, miroir, âtre et bibliothèque. Le manteau pointu de la cheminée en laiton placé contre le miroir, fait naître un effet d'optique saisissant.

La bibliothèque est une composition complexe de niches arrondies, de rayons horizontaux ou en biais et de quelques casiers fermés, l'un d'eux recouvert d'une peinture abstraite. De l'autre côté, le mur et les portes de l'entrée et de la cuisine sont entièrement recouverts d'un lattis vertical en afzelia qui continue jusqu'à la porte d'entrée. La poignée de la porte d'entrée est dessinée par Antanas Moncys. Quant au petit hall d'entrée, il est baigné d'une lumière irréelle. Les parois sont peintes en blanc, le sol est couvert de carreaux de faïence brillants de couleur violette. Devant la grande fenêtre orientée vers l'ouest, s'étire une grille blanche, animée d'un jeu gracile de lignes obliques en laiton. Cette clôture élégante est l'oeuvre de Fays. •


Crédit des photos:
1-2-3-4-5-8- Valérie Dartevelle;
6- Marie-Françoise Plissart;
7- Alexis, archives Jacques Dupuis;
9- Archives Jacques Dupuis.
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